Entretien avec l'artiste Vicky Sabourin

Colts raisin de Vicky Sabourin galerie atelier b 2019

J'ai voulu rencontrer Vicky Sabourin pour en savoir plus sur son travail que la commissaire Marie-Christine Dubé a choisi de présenter à la galerie. J'étais curieuse de savoir comment Vicky parlait de ses projets, où Colts raisin avait pris forme et comment s'est inscrit la galerie atelier b dans ce processus. Je vous rapporte donc ici quelques réflexions sur sa pratique alors que Marie-Claude Brault a documenté la rencontre en images.

L'exposition Colts raisin est présentée à la galerie atelier b jusqu'au 3 novembre 2019.

Vicky Sabourin atelier

Coin Clark et St-Cuthbert

Je monte l'étroit escalier qui mène à l'atelier où Vicky m'attend, tout sourire. Cela fait plusieurs fois que nous tentons de planifier cette rencontre que nos agendas pleins ne nous permettaient pas, et ça rend la visite encore plus excitante. L'espace en soi est inspirant; grandes fenêtres, immense puits de lumière qui éclairent les tables de travail de Vicky et de son colocataire d'atelier, son conjoint Christopher Boyne. Les ateliers d'artistes ont toujours cet effet sur moi; j'ai l'impression d'avoir un accès privilégié à leur monde, à leur intimité créative et à son organisation. Les petites boites qui sont ouvertes délicatement en pleine anecdote, les échantillons de matière travaillée, prometteurs mais inachevés et tous ces projets archivés, démontés, dissimulés derrière les projets en cours... Les ateliers d'artistes sont des lieux où les choses prennent vie et y être invité rend possible un moment généreux et précieux.

 Vicky Sabourin

 

L'influence des lieux

Cet espace inspirant où travaille Vicky depuis quelques années a été pendant plusieurs décennies celui de l'artiste Edmund Alleyn. La famille du défunt tente de garder la vocation de l'immeuble, et Vicky fait partie des quelques artistes qui s'y sont installés depuis le décès de cet important artiste visuel. Je lui ai demandé si l'espace et son histoire ont eu un impact sur son travail. Je lui posais la question parce quand Catherine et moi avons installé notre atelier dans le Mile End, la même famille y créait des chapeaux depuis 1953, et l'histoire du lieu a définitivement eu une incidence sur notre création.

Vicky Sabourin atelier

Vicky me raconte que suite à première exposition après son arrivée dans l'espace, elle a remarqué en regardant les photos de l'exposition plusieurs parallèles entre les couleurs et matériaux utilisés dans son oeuvre et ceux de Alleyn. Même au niveau de l'installation, il y avait des clins d'oeil non prémédités, comme si le lieu était imprégné par cette précédente pratique, "comme si (elle avait) absorbé l'essence de son travail de façon inconsciente".

 

De la même façon, la galerie atelier b située dans une maison patrimoniale du Vieux-Montréal a probablement un impact marqué sur les projets qui y sont présentés. Je l'ai interrogée à ce sujet. "J'aime visiter les lieux une première fois. Mon travail en est un d'installation in situ et le lieu est très important. Cela m'aide à modeler le projet par rapport à l'espace où il sera présenté. J'altère les cubes blancs des galeries qui se veulent neutres en y recréant des espaces, mais dans ce cas-ci, la galerie atelier b avait déjà une vie; les murs ont une patine, ils sont vieux et abimés, il y a une odeur et une atmosphère présentent. Je trouvais que le lieu s'accordait bien avec ce projet et présentait beaucoup de beaux hasards. Je trouvais ça parfait d'embrasser le lieu, comme une troisième rencontre. Il y a aussi l'idée du lieu secret, où les gens doivent se faire inviter pour pouvoir s'y rendre, un peu comme des items pas sur le menu dans un restaurant, qui je trouve rend l'accès à l'oeuvre intéressant."

 

La nature pour raconter l'intime

Que ce soit avec ses images de paysages, la présence d'animaux ou différents objets de la flore, la nature est partout en filigrane dans le travail de Vicky. On remarque des éléments du conte et des personnages incarnés par des animaux qui semblent raconter des choses très personnelles, parfois ardues. L'aspect fantastique et les matières molles comme le feutre de laine, la fourrure et les textiles rendent plus doux certains sujets plus difficiles. Ces médiums souples combinés à la fiction et à la performance permettent à Vicky d'aborder à la manière de la fable des thèmes autobiographiques, en se mettant en scène avec une grande vulnérabilité.

 

Vicky Sabourin

 

Dans Colt raisins, la nature est ailleurs. Vers blancs et serpents noirs de porcelaine parlent de la mort par cette terre sculptée, alors que les lys présentés dans un vase se sont fanés tout au long de l'exposition, parlant d'eux-mêmes. Aucune performance dans cet opus, mais la vulnérabilité y est aussi présente; quoi de plus intime qu'un projet abordant la famille et le deuil. La porcelaine apporte fragilité et dureté à l'univers familial présenté tel un cabinet de curiosités de Colts raisin. La présence de Vicky y est forte et ce sans nécessiter la performance.

 Vicky Sabourin atelier

 

Une fouille archéologique

Suite au décès de son oncle, Vicky s'est portée volontaire pour faire le tri et vider la maison familiale maintenant vide avant la vente de celle-ci. L'aventure s'est transformée en véritable fouille, et Vicky découvrait une histoire qui se racontait chronologiquement à chaque couche d'objets dévoilés. Souvenirs, objets du quotidien et collections incongrues se laissaient découvrir comme un immense cabinet de curiosités.

 Vicky Sabourin atelier Colts raisin

 

Dans son atelier, on retrouve cette même possibilité de fouille archéologique. Les textures empilées au mur le sont probablement en ordre chronologique, de même que les boites où s'additionnent les objets et les retailles. Certains lieux sont denses de vie et ce sont les objets présents qui relatent cette histoire. Ses projets s'y tissent à travers les différentes pratiques et parfois se rejoignent d'eux-mêmes dans un seul et même grand projet. Des morceaux d'une oeuvre s'invitent dans la suivante, créant un fil narratif qui suit son cours à travers la globalité de son travail. Alors que je constate que l'atelier d'artiste est un lieu vivant qui raconte celui qui l'investit, je réalise que la galerie atelier b a une présence si forte que son histoire sera toujours un peu racontée dans l'oeil des artistes qui y présenteront leur travail.

 Vicky Sabourin atelier Ça pisse de partout

Colts raisin est le premier chapitre du corpus Ça pisse de partout. J'ai très hâte de suivre l'évolution de ce projet et je suis curieuse de voir s'il y restera des traces de la galerie atelier b.

D'ici là, le travail de Vicky sera présenté lors de l'exposition de groupe Fairy Tales à la Owens Art Gallery de l’Université Mount Allison organisée par la commissaire Anne Koval en janvier 2020.