Rencontre avec Atelier Universel

atelier universel photo de cindy boyce

 

Atelier Universel est un studio d’imprimerie et de reliure artisanale, un secret bien gardé des coins industriels du vieux Rosemont. Depuis 2016, Stéphanie St-Jean Aubre et Manuel Mineau s’affairent à offrir un service sur mesure à une panoplie d’artistes, entrepreneurs et artisans. Vous avez surement vu leurs sourires dans nos photos ; ils jouent parfois aux modèles pour nous. Leurs livres et objets de papeterie sont aussi disponibles dans notre boutique et vous avez pu voir leur travail sur nos murs en 2019. J’ai voulu prendre le temps de discuter avec eux de leur travail et de leur parcours respectif pour comprendre ce qui les a menés où ils en sont aujourd’hui.

atelier universel, photo cindy boyce

 

L’histoire derrière leur duo

En plus d’études en imprimerie commerciale et reliure, Manuel Mineau a appris le travail d'impression typographique au Musée de l’imprimerie de Montréal. Ce dernier se trouvait chez Lovell, dans le Vieux-Montréal, jusqu’à la fermeture. «C’était la plus vieille imprimerie de Montréal toujours en activité. Avec ces gens-là, j’ai découvert la typo, entre autres la typo au plomb et la composition [manuelle] de caractères. » La composition au plomb est le principe fondamental utilisé en imprimerie depuis Gutenberg et sa presse, celle-ci étant maintenant automatisée dans les imprimeries industrielles.

 

atelier universel photo de cindy boyce

 

À ce moment, Manu rêve des librairies du 17e siècle : « La personne qui tenait la librairie imprimait, reliait et vendait les livres aux étudiants des universités européennes, c’est ce rêve que j’ai voulu répliquer dans mon entreprise. » C’est le rêve qu’il a d’abord fait vivre avec La Passe avant de créer, en 2016, l’Atelier Universel de Reproduction et d’Assemblage.

Stéphanie, qui est formée en arts visuels et en théâtre, fonde en 2012 {l'ensemble vide}, une compagnie d’illustration et de sérigraphie. De Montréal à Gatineau, sa pratique se développe et son cœur balance entre produire les œuvres des autres et créer ses propres projets. C’est en 2018, lorsqu’ils sont tombés amoureux, qu’elle se joint à Manu pour faire d’Atelier Universel l’imprimerie qu’elle est aujourd’hui. Ensemble, ils combinent leurs univers et compétences pour imprimer et relier les mots et les dessins.

atelier universel, photo cindy boyce

 

Est-ce que c’est de l’artisanat ?

D’entrée de jeu, Manu est un peu écorché par cette question. « Il faut arrêter de se dire que petite production doit absolument rimer avec artisanat. Dans notre cas, on utilise plusieurs méthodes industrielles pour faire de l’imprimerie haut de gamme. » C’est en effet ce qui rend le travail d’Atelier Universel si spécial. « En anglais, il y a le mot craftman qui représente bien ce qu’on fait. Le mot artisanat a été galvaudé avec le temps et on perd sa signification. Par contre, c’est ce qu’on fait chez nous, on est des artisans au sens propre du terme. »

Stéphanie est plus modérée face au mot. « Je comprends qu’on puisse être rébarbatif face au mot artisanal, mais, en même temps, l’artisanat retrouve beaucoup ses lettres de noblesse avec le focus sur l’achat local des dernières années. Il faut surtout arrêter d’associer l’artisanat à un hobby au lieu d’une profession. Puis c’est l’artisanat qui nous rend unique et l’aspect industriel qui nous permet d’en vivre. »

En effet, quand on est chez Atelier Universel, on ne se sent pas au Salon des métiers d’arts. Les machines qui nous entourent ont entre 10 et 150 ans, chacune vient avec ses caprices et ses histoires qui créent l’authenticité. « Elle, c’est la Sphinx de Monique Dussault, une graveuse québécoise. Je lui ai achetée pour 1000 $, le même prix qu’elle l’avait achetée en 1971. Elle m’en a offert une deuxième en cadeau par la suite, c’est quand même un cadeau de 750 livres ! En réalité, on utilise probablement la moitié de l’espace de notre atelier, parce qu’on entrepose plusieurs machines qui ne servent pas, mais qui ont une grande valeur muséale. » L’atelier est en effet rempli de machines que Manu répare selon les besoins des clients ou bien pour leurs projets personnels.

 

atelier universel photo de cindy boyce

 

Qu’est-ce qui fait avancer l’atelier ?

Manu m’explique que ce sont les échecs qui le marquent. « Les projets où on échoue nous permettent d’apprendre beaucoup. Quand ça se passe mal, on arrive à décortiquer ce qui s’est passé et on peut faire des projets plus ambitieux après ». Comme s’il traitait les problèmes de la même façon qu’il traite, entretient et répare les machines pour qu’Atelier Universel grandisse.

Pour les deux artisans, les défis sont comme une force ou un moteur pour faire avancer l’aventure. Manu s’occupe entre autres de garder les presses en bonne condition. « Certaines des machines qu’on a ont plus de 150 ans. C’est certain que je dois les garder en bon état et les réparer pour que quand un client nous demande quelque chose, ou que Steph a un projet, ce soit réalisable. »

Stéphanie, de son côté, trouve difficile de trouver du temps pour ses projets personnels mais apprécie ce que les nouvelles commandes lui apportent. « Notre progression vient beaucoup des demandes des clients, les demandes compliquées nous forcent à apprendre et à nous perfectionner. »

« Puis de voir les projets qu’on a complétés, ça aide beaucoup », m’explique Stéphanie. Manu ajoute que selon les bons de commandes des projets complétés par leur entreprise, c’est au-dessus de 100 projets qu’ils ont accomplis ensemble en quelques années. Les deux artistes-entrepreneurs ne cachent pas leur fierté quand ils prennent le temps de prendre un pas en arrière pour regarder leurs réalisations depuis leur association. Et d’un œil extérieur, il n’est pas difficile de les comprendre. Le travail qui sort de leur atelier, c’est des impressions originales d’une grande qualité qui se démarquent toutes les unes des autres.

 

atelier universel, photo cindy boyce

 

Pour avoir un aperçu de leur travail, visitez leur compte Instagram.

Photos de Cindy Boyce.

Merci à Steph et Manu pour leur générosité. Merci à Mathieu Pipe-Rondeau pour l’aide à la rédaction et à Maryse Boyce pour la révision.