Rencontre avec la créatrice de marmod8

marie-maude brunet marmod8

 

Marie-Maude Brunet lancera Irène, sa nouvelle collection, à la galerie atelier b ce vendredi 8 novembre. J'en ai profité pour aller la rencontrer à son atelier du Mile End qui se trouve à quelques coins de rue du nôtre et discuter de son travail. Malgré le fait que l'on vende ses bijoux en boutique et que l'on se côtoie dans toutes sortes de marchés et d'évènements depuis près de cinq ans, je n'avais jamais eu de discussion détaillée sur son métier, son parcours et ses inspirations. La joaillerie est un monde un peu abstrait et mystérieux pour moi. La création de vêtements a ses codes et ses traditions qui n'ont rien à voir avec l'histoire de l'industrie du bijou. J'ai découvert un travail fascinant, complexe et très technique, exécuté par une artisane humble et authentique.

Toutes les photos sont de Marie-Claude Brault.

 Marie-Maude Brunet

 

Artiste, designer ou artisane?

Marie-Maude a une pratique en bijou contemporain à son nom ainsi que sa ligne de bijoux sous le nom de marmod8. Le bijou contemporain, des collections composées de pièces uniques, souvent exposées mais rarement achetées, lui permet d'explorer sa créativité au maximum. La ligne marmod8, où elle fabrique ses bijoux en série, lui permet pour sa part... de vivre de son métier! Elle essaie de trouver une balance entre ces deux pratiques alors que l'une nourrit l'autre.

Par rapport à sa pratique de marmod8, Marie-Maude me dit ne pas se concevoir comme une artiste. Elle considère la pratique artistique comme quelque chose d'engageant et de sacré, de complexe à vivre, alors que son travail lui apporte une légèreté au quotidien. Elle se permet de laisser travailler ses mains sans nécessairement réfléchir. Cependant, elle ne se sent pas designer non plus, pratique qu'elle trouve floue. Ce mot ne fait pas partie d'un vocabulaire avec lequel elle est familière. Lorsqu'elle fait du bijou contemporain, cela se rapproche un peu plus de sa vision de l'art au niveau du processus, mais comme ses objets sont décoratifs, ce n'est pas tout à fait cela non plus. Marie-Maude se définit plutôt comme artisane. Son passé d'étudiante en arts visuels et ses cours d'histoire de l'art ont définitivement marqué sa vision. D'ailleurs, Marie-Maude dessine encore beaucoup de modèles vivants. Elle fait aussi de la poterie et suit toujours des cours de mille et une techniques manuelles. Elle n'entrevoit pas son quotidien sans travailler de ses mains.

marmod8 marie-maude brunet

Ses inspirations sont plutôt intuitives et naissent généralement dans l'action plus que dans la réflexion. Le travail de marmod8 ressemble à sa créatrice, et elle se permet de le présenter dans son univers visuel à elle, donnant une couleur particulière à son objet. Un peu punk, parfois sombre, faisant souvent référence à l'histoire de la joaillerie, l'image de marmod8 est facile à reconnaître. Chaque modèle conçu est produit des mains de sa créatrice en petites productions pour la raison toute simple que le travail trop répétitif l'ennuie. La finition d'un bijou est longue et dure sur le corps, en plus d'être moins intéressante. Dans un monde idéal, elle se consacrerait à la création de pièces uniques. 

Possibilités et limites

Chaque bijou est imaginé dans sa tête, et ses formations en verre soufflé et en arts visuels lui servent pour concevoir l'aspect tridimensionnel des objets. Souvent, Marie-Maude ne passe même pas par le dessin, elle travaille directement avec de la matière. Par exemple, pour sa nouvelle collection, elle s'est servie de fil de cire qui n'est habituellement pas utilisé pour faire des maquettes. Elle se donne cette liberté de trouver de nouveaux usages et de réinventer les codes de la joaillerie, probablement grâce à son parcours atypique. La matière utilisée pour les maquettes influence directement les proportions de son travail et a donc un grand impact sur le résultat final. Marie-Maude ouvre ses petits tiroirs de bois pour nous montrer les différents outils et matériaux utilisés, dont un crayon qui chauffe la matière. Je lui demande de me montrer ses mains, est-ce qu'elle se coupe ou se brule souvent? Pas de blessures apparentes, mais on sent que ses doigts et ses mains travaillent fort! Parce que la réalisation de chaque collection est un long processus, une fois les moules créés, les bijoux restent disponibles, du moins sur commande. Contrairement au vêtement, le bijou n'a pas vraiment de saison. Marie-Maude se donne comme objectif de faire une nouvelle collection par année, cela convient à son rythme.

Marie-Maude Brunet marmod8La discussion est parsemée de multiples détails techniques en lien avec le processus de fabrication qui nous font réaliser la complexité de la joaillerie. On observe un moule de caoutchouc utilisé pour de l'injection de cire. Notre photographe Marie-Claude, qui étudie en design graphique, y voit tout de suite un parallèle avec les caractères typographiques utilisés en presse. Mouler une pièce de bijou ou mouler un caractère de fonte se ressemble apparemment! Marie-Maude nous parle des différents sous-traitants avec qui elle collabore pour les moules et la coulée. J'apprends que les différents intervenants de l'industrie du bijou à Montréal se trouvent derrière le fameux magasin Birks sur Ste-Catherine depuis des décennies. Elle nous parle des cylindres de plâtre qui y sont chauffés pour que la cire fonde, puis du métal qui est à son tour chauffé et qui y est injecté. Je n'en reviens pas de cette complexité, de tous ces intervenants, de toutes les étapes requises pour arriver à produire un seul bijou. Nous sommes dans des domaines connexes, mais pourtant nos métiers sont vraiment mystérieux l'une pour l'autre. Je pense que ce processus fascinant mériterait d'être partagé et qu'elle devrait le documenter!

Quand je lui demande quelles sont les possibilités de la joaillerie versus les autres métiers d'art qu'elle a explorés, Marie-Maude compare tout de suite avec le verre soufflé. La facilité de s'équiper, la possibilité de travailler dans un petit espace et surtout le budget nécessaire pour la production: tout l'enchante dans le métier qu'elle a choisi. L'échelle de la pratique lui plaît beaucoup par rapport au verre soufflé. Ses outils sont petits, et elle a la possibilité d'aller à un marché d'artisans avec sa production dans son sac-à-dos alors que ses collègues arrivent souvent en camion! Quand je la questionne ensuite sur les limitations du travail de joaillère, Marie-Maude prend une pause et répond qu'il n'y en a pas. Ses yeux s'illuminent. En cherchant un peu, elle arrive à la conclusion que les matériaux sont une limitation à cause de leur relation avec la peau; certains de ses matériaux préférés vieillissent mal au contact du corps. Les couleurs et les finitions recherchées, comme l'oxydé ou l'effet brossé, peuvent être contraignants au niveau de la durabilité lors d'un usage régulier. Mais au niveau de la création, elle ne voit pas de limite à son travail. Quelle chance, non?

mermod8 atelier b irene galerie atelier b

La communauté d'artisans

Marie-Maude partage son atelier avec d'autres artistes et artisans aux pratiques complémentaires; des peintres, un cordonnier, une costumière, des maroquinières. Au septième étage d'un immeuble industriel du Mile End, le local est empli de lumière naturelle avec vue sur le stade. Elle a sorti son atelier de sa chambre à coucher pour cet espace partagé. Loin des distractions, elle y a vu augmenter sa productivité en plus de retrouver une intimité à la maison. Le fait de sortir de chez elle pour se rendre au travail lui a permis de briser la solitude. La possibilité de pouvoir échanger avec les autres, même si l'objectif n'est pas nécessairement de parler de création, donne un souffle créatif au travail. La multiplicité des pratiques dans un espace à aire ouverte donne une énergie, une effervescence même, à l'artisane. Marie-Maude trouve précieux de pouvoir partager la réalité très particulière des artisans qui vivent de leur travail manuel avec ses colocataires.

 Marie-Maude Brunet atelier artisans Mile End

 Irene

Cette nouvelle collection sera dévoilée à la galerie atelier b. "Loin des courants conventionnels et des modes éphémères, IRENE s’inspire des bijoux de l’ère byzantine. Ces bijoux sont caractérisés par leur fabrication brute mais délicate, instinctive et imparfaite, qui porte la trace de la main de l’artisan. Leurs formes organiques et simples leur confèrent une authenticité singulière. La collection est nommée en hommage à Irene l’Athénienne, personnage peu connu de l'histoire, première femme à régner seule, de 780 à 802, en tant qu’impératrice de l'empire byzantin. Cette nouvelle production célèbre la force, la délicatesse et la beauté des formes irrégulières."

Irene marie-maude brunet marmod8

Nous avons très hâte de voir le résultat de cette aventure que nous savons maintenant ardue, longue, mais pleine de possibles.

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